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Développer le noir et blanc

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Développer le noir et blanc

 

Ô toi camarade, tu viens certainement lire cet article car développer toi-même te démange, mais peut-être es-tu encore hésitant ?. Et là, tous en cœur nous te rassurons : le développement c’est FACILE ! Et nous insistons vivement sur ce point !

Néanmoins, je me dois d’insister sur un deuxième point : le développement demande une RIGUEUR certaine. Pas celle de ton service militaire, mais plutôt de celle qui tient du bon sens : cette pellicule est ton bébé, et tu ne laisserais pas ton bébé tout seul sans surveillance près de la piscine.

Donc le développement est facile, il ne faut pas être effrayé, ni commencer à se poser des questions existentielles (quel couple film/révélateur, dilution/agitation, pilule ou préservatif ? etc….) au début.


1 L’équipement

 

Matériel :

Le matériel peut s’acheter d’occasion pour une bouchée de pain, en complétant les éléments manquants chez tel ou tel autre vendeur spécialisé :

  • une pellicule (non, sans déconner !) : attention aux fausses pellicules noir et blanc qui se développent comme de la couleur (C41) comme : Kodak BW 400, Ilford XP2.
  • une cuve de développement (il en existe 3 types : Paterson, le plus répandu, Jobo, le plus simple à mon goût, Rondinax (cuve plein jour), et métal, plus coûteux mais qui a des adeptes passionnés).
Kindermann rondinax
Cuves inox Kindermann et Spires
la grande contient 5 spires 135 (24x36)
la petite 2 ou bien une spire format 120 (6x6, 6x9
)

Cuve Paterson et spire en position 120
Cuve Rondinax
Permets de charger en plein jour

  • un thermomètre (pas le même que celui que tu te mets dans la bouche quand tu as la grippe A ! Un plus grand, d’aquarium, ou spécialement prévu pour nous autres photographes).
  • des ciseaux
  • des bidons opaques et hermétiques, généralement d’1L. Pour le révélateur un bidon accordéon est pratique pour chasser l’air. Pour le bain d’arrêt et le fixateur, si les bouteilles de lait peuvent être une solution provisoire pour débuter, elles sont à proscrire pour d’évidentes raisons de sécurité domestique (cf le bébé)).

Une technique de JackF : "J'utilise simplement des bouteilles en plastique de 1,5L (eau minérale) l'avantage c'est que c'est transparent et que l'on voit bien si il y a des dépôts dedans (fréquent avec le D76 surtout régénéré) c'est stocké à la cave dans un placard donc sans lumière. Pour la sécurité je colle l'étiquette du produit dessus avec du gros scotch à emballage (qui tient dans l'eau).Quand les bouteilles sont sales, je jette".

  • des éprouvettes graduées (au minimum 2, pour ne pas ne pas risquer de polluer le révélateur). 1L étant un bon format, pour anticiper sur ta production grandissante avec le temps.
  • des pinces à films
  • un chronomètre ou une montre à aiguilles.
  • au choix (question de goût) : un décapsuleur, ou un extracteur d’amorce.

 

Chimie :

La chimie c’est simple il suffit de savoir compter jusqu’à 3, et dans l’ordre suivant (à apprendre par cœur !) :

  • Révélateur, il en existe sous 2 formes : en poudre ou liquide. Pour débuter, on conseille souvent le Kodak D76, ou l’Ilford ID 11 (ce sont les mêmes), mais on reviendra sur ce point plus tard.

  • Bain d’arrêt (vinaigre blanc (acide acétique) à 2%, ou solution du commerce qui ont souvent l’avantage d’avoir un indicateur coloré quand le produit est « usé »). Certains s’en passe en le remplaçant par 3 rinçages à l'eau successifs, l'action du révélateur s'atténue donc en douceur, sans que le fixateur ne soit pollué.

  • Fixateur

  • Agent mouillant (ou liquide vaisselle) permet de limiter les traces de séchage.

 

Le « labo » :

Bien grand mot, si tu ne fais que du développement et pas de tirage. Une pièce avec de l’eau froide et de l’eau chaude, bien aérée. La cuisine étant déconseillée, puisque tu vas manipuler des produits chimiques.

Pour le chargement du film dans la spire, le noir doit être absolu, ce qui exclut du labo le portable, une chaîne HiFi, etc… Après avoir tout calfeutré, restes quelques minutes dans le noir pour être sûr qu’il ne reste aucune entrée de lumière.

S’il s’avère difficile de faire le noir dans la pièce destinée au labo, l’achat d’un « manchon souple de chargement » ou d'une cuve Rondinax (avec l'inconvénient de ne pouvoir développer qu'un film à la fois) te facilitera la tâche, mais ce sera l’investissement le plus coûteux (40€ neuf).

 

2 Le développement

 

A/ Préparatifs

 

Le jour tant attendu arrive, la tension est à son comble ! Mais il faut que tu sois prêt comme pour un rencard.

Avant de te lancer, il est entendu que tes produits ont été préparés à l’avance selon les recommandations (dilution notamment) inscrites sur ceux-ci.

Attention les révélateurs en poudre (type D76/ID-11) se préparent généralement 24h à l’avance ! Pour les révélateurs liquide (type Rodinal) c’est le contraire (il faut qu’ils soient dilués peu de temps avant) .

Prépares un minimum la pièce et la zone de séchage (un fil au dessus de la baignoire ou de la douche) : il faut qu’elle soit propre pour éviter de vous retrouver avec plein de poussières sur les négatifs pendant la phase de séchage. L’humidité n’est pas un problème pour le séchage, au contraire : une pièce humide aura moins de poussières en suspension dans l’air.

 

Température

Le développement a une contrainte influente : la température.

Les produits utilisés sont frileux : en dessous de 18°C, ils font grèves (ou presque). Et au delà de 25°C, on entre dans le domaine expérimental (le résultat sera très granuleux).

La température idéale se situe entre 20/22°C. Le temps de développement s’ajuste à la baisse quand la température monte, et inversement. Il existe des abaques pour déterminer la correction de temps à appliquer (généralement sur la boite du film).

D’autre part, l’écart de température entre les bains et aussi avec l’eau de rinçage ne doit jamais dépasser 3°C, sous peine de réticulation de la gélatine du film qui est irréversible.

Si tu n’arrives pas à avoir une température idéale dans ton « labo », il faudra mettre les produits préparés dans un bain-marie pour les amener à une température plus acceptable.

 

B / Dans le noir

 

Préparer l’amorce

Pour pouvoir insérer le film dans la spire, il faut au préalable préparer l’amorce en la coupant selon le schéma suivant :

ar

Pour se faire, il faut d’abord extraire l’amorce, selon une des 2 méthodes suivantes :

  • Dans le noir : décapsuler la bobine pour en extraire le film avec délicatesse pour éviter toute rayure, et couper l’amorce.

  • A la lumière : utiliser un extracteur d’amorce.

 

Chargement du film dans la spire

Avant de se lancer comme un grand, il faut s’entraîner avec une pellicule sacrifiée pour l’occasion au chargement du film dans la spire (entraînez-vous d’abord en plein jour pour bien mémoriser la procédure, puis dans le noir). C’est la seule étape un poil délicate de toute l’opération, et aussi la seule qui nécessite d’être dans le noir (ou d’utiliser un manchon souple).

L’amorce coupée, dans le noir ou dans un manchon, la spire dans une main, le film dans l’autre, insérer le film dans la spire, en le tenant par la tranche (ne jamais mettre les doigts sur la gélatine en dehors des 5 premiers centimètres !) ; puis, en laissant pendre le film (si tu as utilisé un décapsuleur), ou en le sortant au fur et à mesure de la bobine (si tu as utilisé un extracteur), une main de chaque côté de la spire, entamer un mouvement de va et vient, pour enrouler le film dans la spire. Arrivé au bout, couper le film au ras de l’axe ou de la bobine, et donner encore 2 coups de va et vient pour être sûr qu’il ne ressorte pas de la spire.

Placer la spire sur son axe, puis les deux dans leur cuve, fermer la cuve et rallumer (ou la sortir du manchon).

Voilà c’est fini ! (ah non, pas Jean-Louis Aubert !)

Il faut être délicat et patient pour cette opération. La spire doit être bien propre, et bien sèche pour ne pas que le film ne se bloque (si tu l’as achetée d’occasion, et de temps en temps par la suite, laves-là à l’eau chaude, avec une brosse à dent et du savon, rincer abondamment). Ne stresses pas ! Cela est mauvais pour ta tension, et rend les mains moites ce qui peut empêcher le film de bien glisser dans sa spire. Si le film se bloque, pas de panique, fais-le revenir un peu en arrière et recommences.

 

C/ A la lumière

Les températures des bains sont mesurées et le temps calculé en fonction, les quantités de produits nécessaires sont prêtes dans leurs éprouvettes, ton chronomètre est à portée de mains, on va maintenant pouvoir s’attaquer au processus chimique à proprement parlé, dans l’ordre qui va suivre.

 

Révélateur

Verser le révélateur dans la cuve, refermer-là, déclencher le chronomètre, et agiter la cuve pendant 30s en lui faisant faire des retournements (n’y vas pas comme un bourrin, ce n’est pas un shaker !), poser la cuve en la tapotant (un seul coup) légèrement pour évacuer les éventuelles bulles d’air.

Agiter ensuite la cuve régulièrement selon la méthode que tu auras choisi, ex : 1 retournement toutes les 30s, ou 4 retournements toutes les minutes, ou 5 rotations légères du poignet toutes les minutes, etc… Les premières minutes, il est important de tapoter la cuve comme vu précédemment pour évacuer les bulles d’air.

Le temps écoulé, vider la cuve assez rapidement.

 

Bain d’arrêt

Remplir assez rapidement la cuve avec le bain d’arrêt, qui va stopper l’action du révélateur, et agiter par retournements pendant 30s. Vider le bain d’arrêt dans son éprouvette (il est réutilisable).

 

Fixateur

Verser le fixateur dans la cuve et procéder comme pour le révélateur pour l’agitation : par retournements continus pendant 30s, puis régulièrement selon la méthode précédemment choisis. Le temps de fixage dure en général 5 minutes.

Vider le fixateur dans son éprouvette (il est aussi réutilisable).

 

Rinçage

Il est très important de bien laver ses négatifs sous peine d’altération dans le temps.

Avec de l’eau du robinet, selon une des méthodes suivantes :

  • à l’eau courante pendant une demi-heure avec un tuyau qui va bien au fond de la cuve(le mieux étant d’avoir le petit accessoire prévu à cet effet avec la cuve). Avantage : on peut faire autre chose pendant ce temps là. Inconvénient : cela consomme de l’eau, et il n’est pas toujours facile d’avoir une température d’eau relativement constante.

  • selon la méthode Ilford :

    • remplir la cuve a l'eau courante, refermer et faire 5 retournements
    • la vider, la remplir, et faire 10 retournements
    • la vider, la remplir, et faire 15 retournements
    • la vider, la remplir, et faire 20 retournements
    • la vider, la remplir, et faire 25 retournements

Personnellement, je vais jusqu’à 30 retournements, et je finis par un lavage de à l’eau courante de 5 minutes.

  • On peut aussi laisser le film immergé pendant 30 à 45 minutes en changeant l'eau toutes les 10 minutes environ car il paraîtrait  que les derniers résidus de fixateur sont bien éliminés de cette façon.

  • Ou encore la méthode de « Maxime » : 5 minutes à secouer dans tous les sens avec une séquence 1 minute, eau propre, 2 minutes, eau propre, 2 minutes, eau propre. Puis ajout d'auxiliaire de lavage à l'eau propre pendant 10 minutes, puis eau propre 10 minutes, puis eau + auxiliaire 10 minutes.

Pour finir, il est conseillé (surtout pour une eau de ville bien calcaire), de faire un dernier lavage avec de l’eau distillée et une goutte d’agent mouillant, pendant une minute : on remplit la cuve d’eau distillée, on ajoute l’agent mouillant et on touille délicatement pour éviter de faire des bulles.


Séchage

Attention, la gélatine humide est très très fragile !

Sortir délicatement le film de sa spire en désolidarisant ses 2 parties, accrocher le film avec une pince lestée en bas. Laisses-le sécher tranquillement quelques heures (au moins 4, car on peut avoir l’impression que le film est sec alors que la gélatine est encore humide).

Il est inutile d’acheter une pince à essorer les films, cela risque de provoquer des rayures. Certains essorent le film entre 2 doigts préalablement trempés dans le dernier bain avec l’agent mouillant, d’autres avec une peau de chamois humide (uniquement sur le côté support (brillant)), ou encore entre deux éponges propres et humides. Toutes ces méthodes n’excluent pas les rayures. Donc autant être patient.

Le sèche-cheveux est aussi à déconseiller, sous peine d’endommager sévèrement les films.

Pour finir, couper le film en bande de 6, et le ranger dans un feuillet adéquate, sans acide (très important pour garantir la vie de vos négatifs).


Test du fixateur

On l’a vu le fixateur peut se réutiliser (une bonne dizaine de plus, voire plus). Pour savoir s’il est encore efficace, il existe un petit test tout simple : prendre un bout de film (le bout d’amorce par exemple), le déposer dans un peu de fixateur, il doit devenir transparent en une minute, s'il met 2 minutes à devenir transparent il faudrait doubler le temps de fixage. Au-delà de 2 min 30, le fixateur est bon pour la déchetterie.

 

 

 

Mise à jour le Mardi, 21 Septembre 2010 20:24
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